J’peux pas j’ai fleurisme
Vous ne connaissez pas ce mot ?
Je vois d’ici votre circonspection mais il faudra vous y habituer. Qu’est ce donc que le fleurisme ? Ne perdez pas votre temps à chercher dans un dictionnaire, même Google ne parvient pas à être clair. Nous sommes là face à un authentique néologisme, un nouveau mot qui lui aussi, au passage, arbore le suffixe « -isme », en faisant ainsi une mouvance, un parti voire une religion. Pour le néologisme, il y a le néologiste et pour le fleuriste, il y a le fleurisme. Reste à présent à en déterminer le sens. C’est à la fois d’une banalité drôlastique car si l’on observe avec attention nos ados, ils usent couramment de ce type de mots, avec des intentions légitime d’efficacité et de gain de temps non dissimulés mais c’est aussi un acte déterminant de la fibre historique de notre monde, car tout en modelant à notre langage des mots déjà existants, nous façonnons le langage de demain, pour peu qu’une notoire institution d’hommes et de femmes vêtus de vert, agréent son introduction dans notre vocabulaire commun.
… Maintenant vous connaissez
Le patriotisme, le darwinisme, le communisme, l’optimisme… On retrouve bien dans ces mots l’idée de la fédération sous la bannière d’un mouvement idéologique, politique ou philosophique et c’est pourquoi le fleurisme, que mon correcteur orthographique s’obstine à me signaler comme non-existant, doit avoir une portée fédératrice. Si le fleuriste est celui qui travaille la fleur, le fleurisme doit être le mouvement de la fleur et par extension, sa création, sa procréation son existence au sens mystique du terme. Si l’on considère la fleur comme une entité, non seulement vivante, mais douée d’une âme et d’une substance qui d’elles-mêmes unissent d’autres éléments du vivant derrière elle pour leur insuffler une idéologie, alors on doit tenir compte du respect qu’il convient de leur apporter. C’est la base du fleurisme; le respect même de la fleur.
Mais qui dit fleur, dit plante, de la plus petite à la plus grande. La fleur n’est, après tout, que la structure qui porte les organes reproducteurs. On y inclut donc aussi les champignons, si, si! Et tout le règne végétal, allez. Nous voilà, au travers d’un mot qui sonnait comme une blague, à tenter d’en distinguer les traits principaux en nous rapprochant dangereusement de l’écologisme. Aïe! Si le fleurisme est une branche de l’écologisme il y a peu de chance que ce mot voit le jour, je le crains…
Tenons nous en donc à la fleur, son symbole, son incarnation, sa personnification et incluons lui son artisan. N’est-ce pas magnifique? Vous la voyez cette silhouette laborieuse, dans son tablier râpé, sur son vieil établi en bois supportant un capharnaüm de feuillages et fleurs, déposant délicatement au creux de sa main, une à une, celles qui constitueront son bouquet? Ca respire l’authenticité, le vrai. Ca donne envie de mordre dans l’herbe et de se rouler dans la boue. Il est impossible de penser à cet instant à la culture de masse, aux orchidées bleues, aux roses éternelles ou à cette affreuse tendance qui consistait à piquer des perles dans des roses… Sacrilège! Respect de la fleur!!!
Ce pourrait être cela le fleurisme. On subordonne l’artisan à son produit et on attend toujours le bon moment pour cueillir. Voilà! C’est être partisan du respect de la saisonnalité, de la transformation minimaliste des fleurs, du bon traitement de ces dernières mais aussi de l’acceptation de leurs nature. Savoir comprendre que ce que d’autres reconnaissent comme des imperfections sont en fait des spécificités: une tige tordue, une corolle qui regarde en bas un épanouissement qui ne dure guère plus qu’un déjeuner de soleil. Comprendre aussi les fleurs et leur fonctionnement.
On ne va pas compliquer plus. Si vous aimez les fleurs sans fioritures et les respectez pour ce qu’elle vous donne alors vous êtes partisan du fleurisme. Vous êtes fleuriste… comme moi.









