Est-ce qu’elles sentent vos jacinthes ?
Laissez-moi vous dire!
Ne vous êtes vous jamais demandé pourquoi plus rien n’avait ni le goût, ni la saveur d’antan de tout ce que vous pouviez goûter à présent? Que vous mettiez le nez dans une brassée laineuse de mimosas ou que vous humiez les effluves drues et sucrées de la jacinthe, vous jureriez vos grands dieux qu’ils ne sentent plus comme avant.
Ce « comme avant » que l’on aimerait tant ressentir à nouveau, cette madeleine de Proust qui a posé un marque-page dans le grand livre de nos vies et que l’on ne retrouve plus guère qu’en croquant dans les friandises de notre enfance, la fraise au galop ou les crocos du beau Harry.

Je crois pouvoir fournir un élément de réponse qui ne va pas plaire à tout le monde. En effet, à l’inverse d’autres sens comme la vue ou l’ouïe, l’odorat, inter-dépendant du goût ne permet pas de mesurer ses effets par rapport à une base qui servirait d’étalon. Quand vous voyez quelque chose net et que vous le voyez flou par la suite, vous savez que vos yeux sont en défaut et qu’il faut y remédier pour voir à nouveau net. C’est un schéma similaire pour l’ouïe, même si l’on ne peut pas forcément s’en rendre compte avec tous les bruits du quotidien et que l’on doit se fier, pour cela, à nos proches qui nous le signaleront immanquablement, lorsqu’ils doivent répéter une phrase pourtant déjà énoncée clairement. L’odorat est un sens discret. A tel point qu’on le considère comme un acquis immuable et que l’on réfute sa diminution, voire sa disparition, tant notre cerveau est capable de nous simuler chimiquement le plaisir que nous apporte l’ingestion de tel ou tel aliment. On est alors incapable de savoir si ce que nous ressentons à la dégustation d’une fraise au galop, par exemple, est le fruit du sens ou celui du souvenir qui activerait la zone de notre cerveau associé au goût.
Le goût disparaît ou s’altère, donc, sans que nous ne nous en rendions compte, avec l’âge ou sa trop grande sollicitation. Il est évident qu’un quidam qui avale un piment chaque matin va très vite trouver sa salade de concombre à la crème extrêmement fade (et y ajouteras beaucoup de poivre!). Vous commencez à les repérer autour de vous?
Et bien il en va de même pour les fleurs dont vous trouvez que le parfum a disparu. Il n’a pas disparu, vous ne le sentez plus ou moins bien. Si un mimosa ou une jacinthe ne sent pas, c’est soit qu’ils ne sont pas assez matures pour diffuser leur parfum, soit que vous avez perdu l’odorat. Je vais vous rassurer, toutes les jacinthes n’ont pas un parfum de même intensité, au delà même de leur couleur et il en va de même pour toutes les fleurs et plus largement pour tous les aliments. Ne soyez donc pas inquiets si parfois, vous percevez un peu moins les effluves ou les goûts. Cela peut venir aussi de l’objet en question.
Par contre si cela vous arrive à chaque fois, consolez-vous en vous disant qu’il vous reste vos souvenirs!

Ils arrivent!!
Début janvier devrait rimer avec bulbes. Ca rime avec les bulbes pointent le bout de leur nez… On est loin de la rime riche, mais tout est dit. Les bulbes sortent dans leur joli cache-pot et évoquent inévitablement le coeur de l’hiver par leur couleur et leur parfum.
Si vous n’avez jamais voulu croquer à pleine dents dans les clochettes du muscari comme vous le feriez avec une grappe de raisins bleus ou planter votre nez dans le frou-frou odoriférant de la narcisse blanche, alors il est temps de vous y mettre.









