vous dites???
La réflexion m’est venue en me baladant dans notre petite ville, le nez dans mon masque comme il se doit, la tête dans les épaules et transi par le froid et la pluie qui n’en finissait plus d’inonder mon bonnet, vraisemblablement plus taillé pour la Haute-Savoie que la Normandie. Mon regard s’est porté sur un bouquet, posé en vitrine, aussi incongru à cet endroit qu’un mime sur un dancefloor et qui arborait ostensiblement d’énormes roses, grosses comme le poing, voluptueusement charnues et se moquant avec impertinence par leur fière allure, presque prétentieuse, du tumulte météorologique qui sévissait brutalement de l’autre côté de la vitrine et de l’oeil ébahi du badaud curieux que j’étais. J’étais en présence d’une authentique dissonance cognitive qui m’ébranla avec violence.
Que pouvait bien faire ces roses en ce lieu et en ce temps? La sublime réminiscence du parfum fruité de la rose et du soleil de mai qui caresse chaudement ma joue dans les allées du jardin de Bagatelle, s’opposa à la vue de ces spécimens, d’une beauté incontestable, sous cette pluie raide et ce froid mordant. Elles paradaient, voilà tout! Elles défilaient dédaigneusement telles des pépées platines et incendiaires dans un repaire de brigands. Elles volaient outrageusement la vedette aux reines de l’hiver, les biens nommées renoncules et anémones lesquelles, par leur charme, n’avaient pourtant rien à envier à des roses équatoriennes étalant leurs atours prodigieux avec si peu d’humilité. La narcisse n’aurait pas fait mieux.
Je ne vous servirai pas la ritournelle du bilan carbone désastreux des roses du bout du monde car vous seriez tentés de vous tourner vers les roses d’à côté (il n’y en a pas), ou de pas loin. L’objet de mon article n’est pas de vous faire culpabiliser, non. Il a pour vocation de faire comprendre que, comme pour les fruits et les légumes, il y a une saison pour chaque chose, pour chaque fleur et, que de se faire désirer, est le plus puissant des charmes. J’en veux pour preuve les sept ou huit semaines annuelles de règne de la fleur préférée de ces dames: la pivoine. Sa présence est particulièrement éphémère mais son enchantement fait un tour de soleil complet. Il en va des fleurs comme de l’amour, on ne l’attrape pas en lui courant après. Tout du moins pas dans ma boutique.



D’accord mais, on fait quoi alors?
Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de roses qu’il n’y a pas de fleurs. Les reines, vous les connaissez car elles sont citées précédemment. Il y aura du rouge, c’est certain. Indécrottable rouge que l’on associe tantôt à l’amour tantôt à la colère ou encore au vice (Il y aurait-il un lien?). Il y aura des petits vases d’amour, des grands bouquets d’amour et d’autres petites surprises qui ne parleront pas à votre place. Il faudra quand même dire deux ou trois mots en les offrant. Vous l’avez compris, il n’y aura pas de roses et pas plus de roses rouges même si c’est le seul jour de l’année où l’on peut afficher (sans rougir cette fois) 7 ou 8€ pour une tige, voire 10€ pour certains. Faites moi confiance, votre bien aimé(e) appréciera d’autant plus que vous ayez eu, délicate attention en prime, l’initiative de ne pas vous soumettre au code.









